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Centrafrique, le remake de 65 ?

Depuis quelques semaines, le Centrafrique vit l’un des pires moments de son histoire. Un mouvement rebelle, un autre encore terrorise et assiège des villes importantes, marchant vers Bangui la capitale où siège le gouvernement de François Bozizé dont les rebelles réclament la démission.

François Bozize
Chef d’Etat centrafricain tennat drapeau. Source JournaldeBangui.com

L’histoire nous le fait dire que le Centrafrique du Régime de David Dacko avait le 31 décembre, assisté à un cout de théâtre de ce type. Jean Bedel Bokassa alors chef d’état major à l’époque renversa en cette date, son oncle de Président et devint lui-même, le deuxième Président de la République centrafricaine de l’histoire. Mais aujourd’hui, même si les dates se ressemble, la situation n’est pas la même.

Objectif Bangui ou Bozizé?

Une alliance rebelle, dixit Seléka dont on ignore la provenance, née il y à peine trois semaines, avance vers la capitale, après avoir occupée d’importantes villes comme Bria, Bambari,  Kaga-Bandoro et pour se pointer finalement à 160 kilomètre de Bangui, à Sibut où leur entrée comme dans les autres villes n’a connu aucune résistance des forces loyales. De son côté, le pouvoir  en place, tenu de main de maître par le général d’armée, François Bozizé, s’est en trois semaines, plié aux revendications du Seleka qui pourtant menace toujours de marcher sur Bangui. Cette rébellion composée de plusieurs factions rebelles reclame entre autre, la formation d’un gouvernement d’union nationale et le départ immédiat de Bozizé. La population centrafricaine quant à elle, s’inquiète et s’enferme d’elle même ou vis à vis de la situation que traverse le pays. Un couvre-feu est instauré depuis le samedi 29 décembre, de 19 heures à 5 heures, à la veille des festivités du nouvel an.

La Saint Sylvestre en famille

Habitué à passer le réveillon dans les kermesses, les boites de nuit ou dans les petits Nganda, l’allure que prennent les événements, à la lumière des trois jours de prière institués par le ministre de l’administration du territoire et du couvre-feu instauré depuis le samedi dernier, Bangui vivra le pire des Saints Sylvestre de son histoire. Les rues sont désertes, les églises prévoient même, la célébration de la Saint Sylvestre le lundi 31 décembre à 15heures. Bien que la jeune population banguissoise à coutume à festoyer jusqu’au petit matin, cette année, ne sera pas comme les autres et avec ou sans l »entrée du Seleka à Bangui, l’arrivée de 2013 restera à jamais gravé dans la mémoire des centrafricains. Un propriétaire de Kermesse que j’ai croisé dernièrement, assure qu’avec ou sans couvre-feu, le centrafricain n’aime pas manquer sa fête. Alors comme le chante un artiste musicien ivoirien, ce soir,  » On s’en fout de couvre-feu ».


Bangui: la saison des kermesses

Réputée pour être l’une des villes où l’on rencontre à chaque coin de rue au moins deux bars dancing, ma capitale et ses habitants adorent les fêtes et les lieux de fêtes.

Kermesse-Bangui
Source: thomaslecoq.blogspot.com/

Depuis un certain temps, une distraction devenue habituelle  pendant les deux derniers mois de chaque année, fait vogue dans la capitale au fleuve longeant. Les kermesses qui animent les places publiques, transformées pour la circonstance en de véritables lieux de détentes nocturnes par excellence, attirent plus de monde en eux seuls que les  places publiques et autres lieux touristiques de Bangui. Plutôt adepte de jeux vidéos et des réseaux sociaux, j’ai promené mon regard ces derniers temps et sorti de mon monde de geek pour me mettre dans la peau d’un vrai banguissois.

Le résultat !

Loin d’être un expert en étude de fréquentation des lieux ou pire encore un anthropologue, j’ai remarqué  que le centrafricain est festif. Ou pire! Il aime les endroits où, les trois B répondent présents! Trois B? Non ne me dites pas que vous ne savez pas!!! La bière, la bouffe et la baise!!! Le résultat de cette étude imprévisible et informelle m’a donc permit la semaine dernière de constater que le mois de novembre à Bangui a sa particularité. En novembre, des places publiques sont prises d’assauts par les « Kota zo » de la place qui proposent au plaisir des habitants environnant, ces sortes de foires que je qualifierai volontiers de  « foire à la bière ». On y trouve, toutes les marques de boissons locales ou étrangères, grillades et autres petits plats au menu des stands qui font le paysage de ces kermesses.

Comme les marchés saisonniers

Dans mon livre de CM2 que je ne quitte jamais depuis cette classe qui me laisse tant de souvenir, j’avais lu que dans certains villages reculés d’Afrique comme dans mon village maternel d’ailleurs, le marché se tient, à des périodes déterminées. Je fais le rapprochement ici avec ces kermesses où, à cette période de l’année, les petits commerces se bousculent pour s’arracher un stand afin de proposer leurs articles qui pour certains ne tireront pas bénéfice mais s’y prêtent juste pour participer à ces moments de délires festifs. Ces commerçants saisonniers investissent toute une fortune, pour obtenir des stands et autres espaces ne mesurant pas plus de cinq mètre au prix de 45 à 50 mille francs CFA, allant d’une kermesse à une autre. En retour, le propriétaire du stand à droit, à l’électricité et la possibilité de payer aux prix de la brasserie, les boissons qu’il revendra  à un prix un peu plus élevé que dans les autres bars à l’extérieur. La Mocaf nationale vendue à 550 francs est revendue à 700 francs dans le stand, où j’ai fais escale. Dans ces beaux petits villages, où on y trouve, espace de jeux vidéo, petits « Nganda » et « cabritérie », l’ambiance est bon enfant. Au tour d’une scène de spectacle, où se succèdent tous les soirs, musiciens, rappeurs et artistes en herbes… Ai-je dis herbe? Oui, dans ces kermesse où on y trouve presque tous. Les petites canailles de la places, appelées « Godobé »  s’invitent eux aussi à la fête et il suffit de demander pour avoir. Ici, le chanvre indien ou d’autres stupéfiants se vendent comme des petits pains, sans la sanction de personne. Après tout, ceux qui tiennent ces kermesses ne sont autres que les « Kota zo » de ce pays.

Le calendrier des boucantiers

Quand, novembre ouvre ses portes et que les kermesses s’installent, le petit boucantier banguissois établit son calendrier festif.  Tel un glossaire des rendez-vous à ne pas manquer, de tous les rendez-vous des rendez-vous,  les principales dates des  fêtes ici, se comptent du bout du doigt mais sont maitrisées par les adaptes de ces foires. Ainsi donc, les, 1er, 24 et 25, 30 et 31 décembre et 1er janvier, les kermesses ouverts aux quatre coins de la ville de Bangui sont bandées de monde. Ils y viennent de tous les coins de Bangui en couple, entre amis ou famille et repartent souvent les poches vides.  L’accès à ces lieux de fête nécessite une petite bourse.  Que se soit à la Kermesse de Marabéna ou à celui de Bonga-Bonga, l’entrée lors de ces dates est le même, il faut débourser 1000 franc CFA et  s’assurer d’une bonne petite boisson ou plus et peut être celle de son ou sa compagne…

En attendant, les kermesses et leurs abonnés toujours présent, préparent la célèbre fête du 1er décembre bien que cette fête de la proclamation ne soit pas célébrée cette année à Bangui, je tiens le pari pour lequel, il y aura autant de monde dans les kermesses que les années précédentes.